
Métronome ou accordéon ?
Rythme constant ou boucles rapides pour plus de repos ? Ce que montrent les temps de Gore et Steyaert à Big's 2025, la fin de course à deux et la course en équipe.
50 minutes. 114 boucles. Une d'écart.
- 50:50
- Le temps de boucle moyen du top 25 de Big's 2025, selon iRunFar
- 38 à 57 min
- L'écart entre les boucles de Phil Gore le premier jour
- 37:03
- Sa dernière boucle, la 114e : l'une de ses plus rapides
Notre verdict.
Deux façons de courir une backyard : le métronome, toujours à la même allure, et l'accordéon, qui accélère quand c'est facile pour se reposer plus. À Big's 2025, Steyaert a fait l'un, Gore l'autre, et ils ont fini à une boucle d'écart. Ce qui compte, c'est d'avoir choisi avant le départ.
L’essentiel en 30 secondes.
Dans une backyard ultra, tout le monde court la même boucle de 6,706 km, une fois par heure. La stratégie se joue ailleurs :
- comment répartir l’heure entre course et repos ;
- comment dormir avec quelques minutes par heure ;
- comment finir quand il ne reste que deux coureurs ;
- pour quoi courir : gagner, faire un total, ou rapporter des boucles à son équipe.
Les meilleurs bouclent en 50 minutes environ. Derrière cette moyenne, deux philosophies s’opposent.
Deux philosophies.
Le métronome use lentement.
Ivo Steyaert a visé un rythme stable quelle que soit l’heure, selon iRunFar, avec seulement quelques boucles plus rapides pour se donner plus de repos. Il a fini 2e avec 113 boucles.
Multiday Running conseille de viser 50 à 52 minutes le premier jour, sans descendre sous 48. Le détail de la routine est dans Backyard : allure, repos et sommeil.
Le risque.
Ne pas profiter des sections faciles. Sur un parcours qui change, comme à Big’s (sentier le jour, route la nuit), le même temps de boucle coûte plus cher le jour que la nuit.
L’accordéon achète du repos.
Les boucles de Phil Gore, le premier jour, vont de 38 à 57 minutes. Son temps de boucle varie plus que celui de n’importe qui dans le top 25 : 5 min 43 s d’écart-type, contre 4 minutes en moyenne.
Après 111 boucles, il avait passé environ 12 heures de moins à courir que les trois coureurs suivants. Autant de repos en plus.
Le risque.
User ses jambes à courir vite sans réussir à dormir dans les longues pauses. Une boucle rapide n’a d’intérêt que si le repos gagné sert vraiment.
Courir et marcher, c’est permis.
Rien n’oblige à courir toute la boucle : il faut seulement la finir dans l’heure. Une allure moyenne de 7’27 au kilomètre donne une boucle de 50 minutes.
Marcher une montée à 10 ou 12 minutes au kilomètre se rattrape en courant le plat et les descentes un peu plus vite. La boucle devient une suite de repères : « je marche après le pont, je relance au portail ».
Le sommeil décide souvent.
La logique la plus répandue, que détaille Multiday Running :
- pas de sommeil la première nuit ;
- des siestes de 5 à 10 minutes à partir de la deuxième ;
- des boucles un peu plus rapides pour les dégager, autour de 50 minutes ;
- quelqu’un qui vous réveille au signal des 3 minutes.
Aucune étude n’a encore testé de protocole de sommeil en backyard, ce guide le reconnaît lui-même. C’est là que l’accordéon prend son sens : les boucles rapides achètent des minutes de sommeil.
À deux, un seul gagne.
Il ne reste que deux coureurs. Le vainqueur doit faire un tour de plus que l’autre, et personne ne sait combien de temps l’autre peut tenir.
Montrer qu’on est frais. La dernière boucle de Phil Gore à Big’s 2025, la 114e, a pris 37 min 03 s. iRunFar y voit le signe qu’il lui restait de la réserve.
Le jeu psychologique. En 2017, UltraRunning Magazine raconte les dernières heures entre Guillaume Calmettes et Harvey Lewis, faites de piques sur le temps de repos de chacun. Calmettes a gagné avec 59 boucles.
À retenir.
La seule question utile reste : est-ce que je peux faire cette boucle ? Abandonner parce qu’on croit l’autre plus frais, c’est perdre une course qu’il était peut-être en train de perdre aussi.
Gagner, faire un total ou courir pour son équipe.
Comment choisir.
- Débutant, ou parcours inconnu : le métronome, autour de 50 minutes, avec une routine écrite.
- Parcours qui change beaucoup : un métronome à l’effort plutôt qu’au chrono.
- Coureur rapide qui dort bien : l’accordéon, si vous vous reposez vraiment dans les minutes gagnées.
- Dans tous les cas : décider avant le départ, l’écrire, s’y tenir.
Notre avis.
La meilleure stratégie, c’est celle qu’on tient sans y penser. Gore et Steyaert ont couru Big’s 2025 de deux façons opposées et ont fini à une boucle d’écart.
Pour un premier objectif, prenez le métronome et visez 50 minutes. Gardez l’accordéon pour le jour où vous saurez dormir cinq minutes sur une chaise.
Sources
- iRunFar, analyse des temps de boucle de Big's 2025 (10 décembre 2025) ↗
- Multiday Running, stratégie de course en backyard ↗
- UltraRunning Magazine, Guillaume Calmettes à Big's 2017 ↗
- Trail Run Mag, What the heck is a backyard ultra? (février 2026) ↗
- Big's Backyard Ultra, site officiel (championnat par équipes) ↗
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