Illustration : Allez-vous passer les barrières ?

Allez-vous passer les barrières ?

2,74 km/h de moyenne à la Diagonale, ça semble large. Ce qui compte : votre marge à chacun des 20 postes. Voici comment la calculer.

2,74 km/h
La moyenne qui ne dit rien
20
Postes de contrôle à vérifier un par un
3 h 30
Pour les 14 premiers kilomètres : le vrai couperet
10 154 m D-
Que le calcul simple traite comme du plat

Notre verdict.

La moyenne de 2,74 km/h ne dit rien. Rentrez les 20 postes officiels dans notre simulateur avec votre propre allure, regardez où votre marge s'écrase — et sachez que l'outil, comme vous, sous-estime les descentes.

L’essentiel en 30 secondes

180,8 km en 66 heures, ça fait 2,74 km/h de moyenne. Vu comme ça, ça paraît jouable pour à peu près n’importe qui qui marche normalement. C’est le premier piège de cette course : la moyenne n’existe nulle part sur le parcours. Il n’y a que 20 postes avec chacun leur propre heure de fermeture, et certains sont beaucoup plus serrés que 2,74 km/h.

La bonne question n’est donc pas « est-ce que je suis large sur la Diagonale ? » mais « à quel poste est-ce que je vais perdre ma marge, et de combien ? ». Ça se calcule avant le départ, avec les chiffres officiels et votre allure réelle. Voici comment.

Le test, poste par poste

Notre simulateur de course vous donne un temps de passage estimé à chaque point que vous lui donnez, à partir de votre distance, votre dénivelé cumulé et votre allure à plat. Il suffit de lui donner les 20 postes de la Diagonale au lieu de ravitos inventés.

Voici le tableau prêt à recopier : kilomètre et dénivelé positif cumulés depuis le départ, exactement le format que demande l’outil. La dernière colonne est le temps écoulé depuis le départ (jeudi 22 h) auquel le poste ferme — c’est votre cible à ne pas dépasser.

Poste km D+ cumulé Fermeture (depuis le départ)
Domaine Vidot 14,0 672 3 h 30
Notre-Dame de la Paix 33,4 2 148 9 h 00
Nez de Bœuf 45,4 2 798 12 h 30
Mare à Boue 55,6 2 894 15 h 00
Croisée Coteau Kerveguen 67,6 3 890 19 h 30
Gîte de Bélouve 76,4 3 966 23 h 00
Hell-Bourg (base vie 1) 80,6 4 043 27 h 00
Plaine des Merles 93,8 5 320 32 h 00
Départ Sentier Scout 96,0 5 364 33 h 00
Grand Place les Bas 107,8 5 856 37 h 30
Roche Plate – Plateau Cerf 116,4 6 913 42 h 30
Maïdo – Tête Dure 123,9 7 969 46 h 30
Îlet Savannah (base vie 2) 140,5 8 095 50 h 15
Chemin Ratinaud – Kalla 147,9 8 726 53 h 00
La Possession 155,1 8 929 56 h 30
Grande Chaloupe 164,5 9 302 59 h 00
Colorado 173,8 10 132 63 h 30
La Redoute (arrivée) 180,8 10 191 66 h 00
  1. Ouvrez le simulateur, mettez 180,8 km et 10 191 m de D+.
  2. Remplacez les ravitos d’exemple par ces 18 lignes (le départ et l’arrivée sont déjà gérés par l’outil).
  3. Mettez votre allure à plat réelle — pas votre objectif, celle que vous tenez vraiment sur un 20 km roulant — et votre dérive de fatigue habituelle sur un ultra (15 à 30 % selon votre expérience).
  4. Comparez chaque temps de passage donné par l’outil à la colonne « Fermeture » ci-dessus.

Un exemple, trois profils

Voici ce que donne le test pour trois allures à plat différentes, dérive de fatigue incluse. Les deux colonnes sont le temps écoulé depuis le départ.

Poste Fermeture Profil A (6’30/km, dérive 20 %) Profil B (7’30/km, dérive 25 %) Profil C (8’30/km, dérive 30 %)
Domaine Vidot 3 h 30 2 h 16 (+1 h 14) 2 h 37 (+0 h 53) 2 h 58 (+0 h 32)
Nez de Bœuf 12 h 30 8 h 10 (+4 h 20) 9 h 28 (+3 h 02) 10 h 48 (+1 h 42)
Hell-Bourg 27 h 00 13 h 40 (+13 h 20) 15 h 56 (+11 h 04) 18 h 15 (+8 h 45)
Maïdo – Tête Dure 46 h 30 23 h 38 (+22 h 52) 27 h 44 (+18 h 46) 31 h 58 (+14 h 32)
Arrivée 66 h 00 33 h 41 (+32 h 19) 39 h 46 (+26 h 14) 46 h 04 (+19 h 56)

Lisez bien la marge du profil C — le plus lent des trois, à 8’30 au kilomètre sur plat avec 30 % de dérive, un profil clairement moins armé qu’un finisher moyen. Il franchit chaque poste avec des heures d’avance et finirait en 46 heures, soit 20 heures avant la fermeture.

Si ce calcul vous dit ça et que vous savez que la Diagonale a produit des finishers à 60 heures, quelque chose cloche. C’est exactement le sujet de la section suivante.

La limite qu’il faut connaître avant d’y croire

Le simulateur — comme la convention française du kilomètre-effort qu’il utilise — calcule l’effort d’un tronçon ainsi : distance + dénivelé positif ÷ 100. Le dénivelé négatif n’entre nulle part dans le calcul. Sur un parcours équilibré, l’approximation passe. Sur la Diagonale, avec 10 191 m de D+ et 10 154 m de D-, c’est une moitié entière du parcours qui est traitée comme du plat parfait.

Or la descente ici n’est pas gratuite : sentiers volcaniques, racines, dalles glissantes, 1 800 mètres d’affilée entre le Maïdo et Savannah. Elle ne coûte presque rien en souffle, mais elle écrase les quadriceps, et des quadriceps détruits ralentissent tout, y compris les montées suivantes. Le modèle simple ne voit rien de ça. C’est pour ça que le profil C de notre tableau finit « en 46 heures » sur le papier quand la réalité du terrain donne plutôt 55 à 65 heures pour une allure comparable.

Conclusion pratique : utilisez le simulateur pour une chose précise, pas pour la totale. Il vous dit correctement si votre allure à plat suffit à tenir le rythme d’une montée régulière — c’est fiable sur les 45 premiers kilomètres, qui sont presque uniquement de la montée. Il devient optimiste dès que les grosses descentes s’enchaînent, à partir du Maïdo.

Les deux endroits où le vrai danger se niche

Notre analyse du parcours et des barrières convertit chaque segment officiel en vitesse réelle et en km-effort/h, à partir des temps de fermeture et non d’un modèle simulé. Deux conclusions à retenir, et à vérifier vous-même avec votre propre niveau plutôt qu’avec le simulateur sur ces deux portions :

Le début, pas la fin. Les trois segments les plus durs en effort de toute la course sont les trois premiers — jusqu’au Nez de Bœuf. C’est là, à jambes fraîches et dans la bousculade du départ de nuit, que la marge réelle se construit ou se perd.

Le Maïdo → Savannah est un piège de vitesse. C’est le segment le plus rapide au sol de toute la course (4,43 km/h), ce qui le fait paraître confortable. En réalité c’est une descente de 1 800 m après 46 heures d’effort, et le modèle simple comme votre moral sous-estiment tous les deux ce qu’elle coûte.

Comment corriger le test vous-même

Trois ajustements simples, dans l’ordre où ils comptent :

  1. Faites confiance au simulateur jusqu’à Nez de Bœuf (km 45), c’est de la montée presque continue, là où distance + D+/100 colle à la réalité.
  2. À partir de Bélouve, ajoutez une marge forfaitaire plutôt que de croire le chiffre affiché : au minimum 30 % de temps supplémentaire sur chaque tronçon à forte descente, davantage si vous n’avez pas l’habitude des longues descentes techniques.
  3. Budgétisez le sommeil volontairement. La barrière Bélouve → Hell-Bourg (4 heures pour 4,2 km) existe pour ça. Si votre test montre une grosse marge à ce poste, c’est du temps de sommeil gagné, pas du temps à courir plus vite ensuite.

Notre avis

Le test vaut la peine d’être fait, mais pas en une fois : refaites-le poste par poste en avançant dans la course, avec votre chrono réel à la place de l’estimation. Un coureur qui arrive à Domaine Vidot avec 10 minutes d’avance sur une barrière à 3 h 30 n’a pas de marge, quoi qu’en dise la moyenne de 2,74 km/h.

Et ne laisse jamais un modèle simple décider pour vous dans les descentes. Sur cette course, c’est là qu’il se trompe, et c’est là que ça se joue aussi.

Pratique

  • Faites le test maintenant, avec le tableau ci-dessus et votre allure à plat réelle sur le simulateur de course.
  • Pour les segments en descente, vérifiez plutôt la colonne « km/h réels » de notre tableau des barrières 2026, qui part des temps officiels et non d’un modèle.
  • Notez vos propres temps de passage aux grands postes (Vidot, Nez de Bœuf, Hell-Bourg, Maïdo) le jour J : c’est la seule donnée qui corrige vraiment le modèle, et ça sert à préparer la prochaine fois.

Sur la méthode. Les distances, dénivelés cumulés et heures de fermeture viennent du tableau officiel des barrières horaires 2026 du Grand Raid. Les temps de passage simulés utilisent la même formule que notre simulateur de course (effort = distance + D+ ÷ 100, allure à plat, dérive de fatigue linéaire) : c’est un outil de dégrossissage, pas une prédiction, et il ignore le dénivelé négatif comme expliqué plus haut.

Sources

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