Illustration : Le drop : à quoi ça sert ?

Le drop : à quoi ça sert ?

Drop 0, 4, 8 ou 10 mm : ce que change vraiment la différence talon-avant-pied, ce que dit le seul essai randomisé sur le sujet, et comment changer sans se blesser.

553
Coureurs suivis 6 mois dans le seul essai randomisé sur le drop (0, 6 et 10 mm)
Aucune
Différence significative de blessures entre 0, 6 et 10 mm, tous coureurs confondus
+67 %
De risque avec un drop bas chez les coureurs réguliers de l'étude
−52 %
Chez les coureurs occasionnels : l'effet inverse

Notre verdict.

Le drop ne rend pas votre course plus sûre ou plus dangereuse en moyenne : il déplace le travail du genou vers le mollet et le tendon d'Achille. Le seul vrai danger, c'est d'en changer trop vite.

L’essentiel en 30 secondes

Le drop, c’est la différence de hauteur entre le talon et l’avant-pied d’une chaussure, en millimètres. 10 mm, c’est une chaussure classique ; 4 à 6 mm, la plupart des chaussures de trail récentes ; 0 mm, une chaussure à plat, chère aux adeptes du « drop zéro ».

Ce que dit la science, en une phrase : en moyenne, le drop ne change pas votre risque de blessure. Il change l’endroit où ça travaille. Un drop élevé charge davantage le genou, un drop bas charge davantage le mollet, le tendon d’Achille et le pied. Le vrai risque, c’est de passer de l’un à l’autre trop vite.

À quoi sert le drop

Le talon surélevé des chaussures de course classiques facilite l’attaque par le talon et soulage le mollet et le tendon d’Achille. Un drop bas fait l’inverse : il pousse à poser le pied plus à plat ou sur l’avant, avec moins de pic d’impact, mais plus de travail pour le mollet et le pied. C’est ce que résume le guide de Gilles Saudan publié par le CHUV de Lausanne en 2015.

Autrement dit, le drop ne supprime aucune contrainte, il les répartit autrement. Ce n’est ni bon ni mauvais en soi : tout dépend de ce que votre corps a l’habitude de recevoir.

Les aficionados du drop zéro

Le drop zéro a une histoire, et elle commence dans un magasin de running des montagnes Wasatch, dans l’Utah, au milieu des années 1990. D’après Altra, son fondateur Golden Harper voit défiler des coureurs avec des douleurs aux genoux, des périostites et des problèmes de pied. L’analyse vidéo le convainc que le talon épais des chaussures pousse à talonner. Faute de trouver mieux chez les grandes marques, il fait fondre et raboter les semelles pour mettre ses chaussures à plat. En un an, près de 1 000 clients font modifier les leurs chez un cordonnier du coin. La marque Altra et son « Zero Drop » sont nés de là, avec un avant-pied large qui laisse les orteils s’étaler.

Les arguments des adeptes tiennent en trois mots : naturel, médio-pied, renforcement. Un pied à plat, comme pieds nus ; une attaque plus proche du milieu du pied ; et des pieds et des mollets qui travaillent au lieu d’être assistés.

Ce courant a même son outil de mesure. En 2015, une équipe menée par Jean-François Esculier, avec Blaise Dubois (le fondateur de la Clinique du Coureur), a fait valider par 42 experts de 11 pays une définition de la chaussure minimaliste et un indice minimaliste sur 100 %. Il repose sur cinq critères qui pèsent chacun 20 % : le poids, la flexibilité, la hauteur de semelle, les systèmes de stabilité, et le drop.

Côté trail, le drop zéro reste rare. Dans notre catalogue matériel, seuls deux modèles inov-8 l’affichent, la Trailfly Zero V2 et la Trailtalon Zero ; l’essentiel de l’offre se situe entre 4 et 8 mm.

Ce que dit le seul essai randomisé

Il n’y en a qu’un, et il est bien fait. Laurent Malisoux et son équipe, au Luxembourg, ont donné à 553 coureurs loisir une paire de chaussures amorties identiques à un détail près : un drop de 10, 6 ou 0 mm, tiré au sort. Puis ils les ont suivis six mois (American Journal of Sports Medicine, 2016).

  • Sur l’ensemble des coureurs : aucune différence significative de blessures entre les trois drops.
  • Chez les coureurs occasionnels (qui couraient chaque semaine depuis moins de six mois sur la dernière année) : les drops bas (0 et 6 mm) sont associés à un risque plus faible, d’environ moitié (hazard ratio 0,48).
  • Chez les coureurs réguliers : les drops bas sont associés à un risque plus élevé, d’environ deux tiers (hazard ratio 1,67).

Notre lecture : un coureur régulier a passé des années dans une chaussure classique, ses mollets et ses tendons d’Achille sont habitués à être soulagés par le talon. Lui retirer d’un coup, c’est augmenter brutalement leur charge. Un coureur occasionnel n’a pas encore pris ce pli. C’est une interprétation, pas une conclusion de l’étude : les auteurs en restent aux chiffres.

Changer de drop sans se blesser

  • Si vous n’avez pas de douleur, rien ne vous oblige à changer. Le guide du CHUV le dit simplement : en bonne santé, sans douleur, pas de raison de changer de chaussure.
  • Si vous voulez baisser, baisse par paliers. Quelques millimètres à la fois, sur une partie de vos sorties seulement, puis davantage. Ce sont les mollets et le tendon d’Achille qui doivent suivre, et ils s’adaptent lentement.
  • Jamais le jour d’une course. Le guide du CHUV le déconseille explicitement si vous avez longtemps porté des chaussures avec talonnette. Sur un ultra, la fatigue rend la chose encore plus risquée.
  • Un seul changement à la fois. Nouveau drop, nouvelle marque, nouvelle hauteur de semelle et nouvelle distance le même mois : si quelque chose casse, vous ne saurez pas quoi.

Notre avis

Le drop est un réglage, pas une religion. Les adeptes du drop zéro ont raison sur un point : une chaussure plus simple fait travailler des muscles que la chaussure classique laisse au repos. Les sceptiques ont raison sur un autre : ce travail supplémentaire se paie si on l’impose d’un coup. L’essai de Malisoux met les deux d’accord. Choisissez le drop qui vous va aujourd’hui, et si vous voulez en changer, laissez à votre corps le temps de suivre.

Méthode

  • Essai de référence : Malisoux L., Chambon N., Urhausen A., Theisen D., American Journal of Sports Medicine, 44(11), 2016, p. 2933-2940. Résultats repris de la fiche PEDro de l’étude. Le seuil « occasionnel / régulier » est celui des auteurs : moins de six mois, ou au moins six mois, de course hebdomadaire sur les douze derniers mois.
  • Effets du drop sur les appuis : guide de Gilles Saudan, Trouver chaussure à son pied, CHUV, 2015.
  • Histoire du Zero Drop : récit de la marque Altra elle-même.
  • Les chiffres « +67 % » et « −52 % » sont les hazard ratios de l’étude (1,67 et 0,48) exprimés en pourcentage de risque instantané par rapport au drop de 10 mm.

Sources

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